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16. avril 2026

Parcs photovoltaïques : chaque configuration, sa signature de risque

Toiture résidentielle, ombrière de parking, installation flottante, centrale en zone forestière : derrière l'uniforme bleu-nuit des panneaux solaires se cachent des profils de danger radicalement différents. Tour d'horizon des risques spécifiques à chaque configuration et des obligations que peu d'exploitants anticipent vraiment.

La solarisation massive ne dispense pas d'analyse

La loi APER et la loi Climat et Résilience ont enclenché une dynamique sans précédent : solarisation obligatoire des grands parkings, développement des centrales au sol, explosion des installations en toiture tertiaire et industrielle. Le parc photovoltaïque français est en pleine expansion.
Mais cette croissance rapide produit un effet pervers : elle dilue la culture du risque. Derrière la promesse d'une énergie propre et silencieuse, chaque installation possède une "signature de risque" spécifique, dictée par sa configuration, son environnement et ses équipements associés. La conformité aux normes (NF C 15-100, UTE C 15-712-1) constitue le premier rempart contre les sinistres... à condition de savoir ce que l'on cherche à prévenir.

1. Toitures : de l'arc électrique à la propagation

Le risque premier en toiture reste l'arc électrique : défaut d'isolement, connecteurs mal sertis, câblage dégradé. Mais la gravité du sinistre est avant tout dictée par la configuration du bâti.

En résidentiel, l'absence fréquente de coupure DC accessible et le manque de ventilation sous les panneaux favorisent les feux couvants : un départ de feu peut se développer durablement avant d'être détecté, compromettant l'intégrité de la charpente.

En tertiaire et industriel, l'enjeu glisse vers la propagation. Les principes de sécurité imposent une bande de reculement (généralement de 1 à 2 mètres) entre les modules et les bords de rive ou les lanterneaux. Sans cette zone tampon, un incendie de toiture peut "lécher" la façade ou s'engouffrer dans le bâtiment, transformant un sinistre électrique localisé en catastrophe structurelle.

2. Ombrières de parkings : confinement thermique et vulnérabilité mécanique

L'obligation d'équiper les parkings de plus de 1 500 m² crée une convergence de dangers inédite. Ces structures font face à deux menaces majeures, souvent sous-estimées.

La vulnérabilité structurelle

L’effondrement spectaculaire des ombrières photovoltaïques de la station de SuperDévoluy en février 2026 a marqué les esprits. Pliées sous le poids de la neige, ces lourdes structures ont cédé, rappelant brutalement que la sécurité d’un parc photovoltaïque ne se réduit pas aux seuls risques électriques. Le bilan aurait pu être dramatique : des personnes auraient pu se retrouver ensevelies sous la neige et les décombres. Une défaillance mécanique sectionne violemment les câbles, génère des arcs électriques massifs au sol et transforme instantanément la zone en un piège métallique sous tension.

L'effet « confinement » en cas d'incendie de véhicule

Un feu de voiture sous une ombrière est exponentiellement plus dangereux qu'en espace ouvert. La chaleur piégée propage l'incendie aux véhicules adjacents, détruit l'installation solaire et peut affaiblir la structure en acier jusqu'à l'effondrement. Face à ce risque, la signalétique réglementaire (norme NF X 08-070) et les dispositifs de coupure générale ne sont pas des options : ce sont des impératifs opérationnels permettant aux sapeurs-pompiers de mettre la zone hors tension avant toute approche.

3. Installations flottantes : l'environnement le plus hostile

Incendie de la centrale solaire de Yamakura au Japon / Capture YouTube


Les parcs photovoltaïques sur plans d'eau cumulent les contraintes. L'humidité permanente et le clapot dégradent prématurément les isolants et les fixations ; la conformité à la norme XP C 15-712-3 n'est pas une formalité administrative, elle conditionne directement la durée de vie des équipements et leur comportement en situation dégradée.Mais c'est le risque environnemental qui distingue ce type d'installation des autres. Une défaillance (incendie ou rupture mécanique) libère des métaux lourds et des résines directement dans le milieu aquatique. L'intervention des secours y est complexifiée à l'extrême, transformant un incident technique en pollution majeure aux conséquences durables et difficilement réversibles.

4. Centrales au sol en zone forestière : quand l'étude INERIS change la donne

À l'approche de la saison estivale, c'est sans doute le sujet le plus brûlant du moment, au sens propre. Après les mégafeux de Gironde en 2022 (plus de 60 000 hectares brûlés), une question s'est imposée aux acteurs du secteur : que fait un parc photovoltaïque face à un grand feu ? Le freine-t-il ? L'aggrave-t-il ?
Face aux retours d'expérience contradictoires du terrain, la DGPR a commandé une étude technique à l'INERIS et à l'ONF-DFCI. Publiée en juin 2023, elle constitue la première analyse nationale sur ce sujet. Sa conclusion principale est sans appel : aucun effet coupe-feu généralisable n'est démontré. Le contexte local (végétation, pente, vent, distance à la forêt) reste trop variable pour conclure dans un sens ou dans l'autre.
Ce qui est en revanche établi, ce sont trois risques spécifiques que les maîtres d'ouvrage et les SDIS doivent impérativement anticiper.

Le courant continu ne s'éteint pas

Contrairement au courant alternatif, le courant continu produit par les panneaux ne peut pas être coupé par un simple disjoncteur. Tant que le soleil brille, les câbles sont sous tension, y compris en plein incendie. Aucun sapeur-pompier ne peut intervenir dans cet environnement sans protocole adapté. Les contraintes réglementaires sont précises : distance de retrait d'au moins 5 mètres pour toute extinction à l'eau, impossibilité de largage par avions bombardiers (l'impact de l'eau détruit les panneaux), et obligation de présence d'une personne compétente désignée par l'exploitant pour que les secours puissent pénétrer dans l'enceinte clôturée.
La coupure générale de l'installation doit pouvoir être garantie en moins de 10 minutes : c'est une exigence opérationnelle, pas une recommandation.

La végétation sous les tables : un piège discret

L'ombrage partiel créé par les modules favorise le développement d'herbacées basses qui, en période de sécheresse, deviennent extrêmement inflammables. Un mégot, un arc électrique, un brandon transporté par le vent suffisent à déclencher un départ de feu en plein cœur de l'installation. L'étude est formelle : le débroussaillement sur 50 mètres au-delà de la clôture est une obligation légale (OLD), et la végétation interne doit faire l'objet d'une gestion permanente : pâturage extensif recommandé, zéro végétation haute sous les tables.

Les batteries Li-ion en locaux techniques : le risque dans le risque

Peoria Fire-Medical Department accident BESS McMicken

De plus en plus de parcs intègrent du stockage par batterie lithium-ion. En cas d'incendie, ces unités présentent un risque d'emballement thermique avec dégagement de gaz toxiques, dont le redoutable fluorure d'hydrogène (HF).
L'étude INERIS leur consacre une analyse spécifique, et les recommandations sont strictes : local séparé avec coupe-feu, détection précoce, protocole SDIS spécifique documenté. Si le parc est couplé à ces conteneurs de batteries, l'étude de dangers spécifique n'est plus optionnelle.


L'accident de McMicken BESS (Arizona, avril 2019),emballement thermique en cascade, a blessé huit pompiers en reste le cas d'école mondial. En France, le 6 avril 2026, un incendie de batteries a éclaté au parc photovoltaïque d’Aghione (Haute-Corse) blessant trois pompiers. Ce qui confirme que ce risque n’est pas fictif sur notre territoire.

5. Le vide réglementaire qui inquiète : ICPE et rubrique 2925-2

Derrière chaque parc photovoltaïque couplé à un système de stockage, une question réglementaire majeure demeure sans réponse nationale satisfaisante : sous quel régime ICPE ces installations doivent-elles être déclarées, et avec quelles prescriptions de sécurité ?

La rubrique 2925-2 : un classement sans arrêté ministériel

La rubrique 2925-2 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement s'applique aux ateliers de charge d'accumulateurs utilisant des technologies lithium-ion — dont les systèmes de stockage d'énergie (BESS) couplés aux parcs PV — dès lors que la puissance de charge dépasse 600 kW. Ces installations relèvent du régime de la déclaration.
Or, à ce jour, aucun arrêté ministériel de prescriptions générales (AMPG) n'a été publié pour encadrer spécifiquement ces installations au lithium en extérieur. L'arrêté de référence existant date du 29 mai 2000 et a été conçu pour les batteries plomb-acide — il est donc inadapté aux risques thermiques spécifiques du lithium-ion. La DGPR (Direction Générale de la Prévention des Risques) travaille à l'élaboration d'un AMPG dédié à la rubrique 2925-2 : un projet a été mis en consultation auprès de la filière et des organisations professionnelles (Enerplan, SER…), mais il n'est pas encore promulgué.
En l'absence de texte national, certains préfets ont comblé ce vide par des arrêtés préfectoraux de prescriptions générales — comme les Deux-Sèvres (mai 2024) ou la Charente-Maritime (novembre 2023) — imposant localement des règles d'implantation, de distances d'éloignement, de détection incendie et de délais d'intervention. Cette disparité territoriale crée une insécurité juridique réelle pour les exploitants et les assureurs, et complique le travail des SDIS appelés à intervenir sur des installations dont le statut et les prescriptions varient d'un département à l'autre.

Le référentiel APSAD D20 : la réponse technique du secteur assurantiel

Face à ce vide réglementaire, le secteur a produit sa propre doctrine. Publié par le CNPP en septembre 2025, le référentiel APSAD D20 — dans une version entièrement refondue après douze ans d'inactivité — constitue désormais le cadre technique de référence pour la prévention du risque incendie dans les installations photovoltaïques.
Par rapport à sa version de 2013, limitée aux toitures classiques, l'édition 2025 élargit considérablement son périmètre: il couvre désormais les toitures industrielles, les ombrières, les fermes solaires au sol, les installations en autoconsommation et les systèmes avec stockage d'énergie (BESS). Il intègre des exigences renforcées de conception, d'installation, d'exploitation et de maintenance, ainsi qu'un nouveau dispositif de vérification formalisé : la certification Q20, équivalent du Q19 pour les installations électriques classiques.
Bien que non obligatoire au sens réglementaire, le D20 est quasi-incontournable en pratique : les assureurs peuvent conditionner la couverture optimale d'une installation à sa conformité au référentiel, et le certificat Q20 — délivré par un opérateur certifié CNPP — devient un gage de sérieux opposable en cas de sinistre ou de litige. Pour les maîtres d'ouvrage et exploitants qui anticipent la future réglementation ICPE, s'aligner dès aujourd'hui sur l'APSAD D20 constitue la démarche la plus rationnelle.

À retenir : Pour tout projet de parc PV couplé à du stockage Li-ion, vérifier dès la phase de conception le seuil de classement 2925-2, anticiper les exigences du futur AMPG et aligner l'installation sur le référentiel APSAD D20 — avant que la réglementation ne l'impose.

Ce que ça change concrètement pour les exploitants

Les exigences d'aménagement imposées par les SDIS pour les centrales au sol sont précises : voies périmétrales externes d'une largeur circulable de 6 mètres, voies internes de 4 mètres, et des réserves d'eau pérennes de 120 m³ disponibles en 2 heures (DECI).
Pour les porteurs de projets en zone méditerranéenne ou en secteur classé à risque incendie, l'étude INERIS-ONF-DFCI est désormais la référence technique que vos interlocuteurs réglementaires (DDT, SDIS, DREAL) connaissent et citent. Ne pas l'intégrer dans votre analyse de risques, c'est s'exposer à des refus d'autorisation ou, plus grave, à un incident que personne n'avait formellement documenté. Une évolution du cadre réglementaire est actuellement en cours d'examen sur la base de ces travaux.

Les leviers de prévention : une approche globale, de la conception à la maintenance

La maîtrise du risque photovoltaïque ne s'improvise pas au moment de l'incident. Elle repose sur une démarche structurée :

  • Conformité normative rigoureuse : guide UTE C 15-712-1, XP C 15-712-3 pour le flottant, NF X 08-070 pour les ombrières.
  • Plan de défense incendie dédié : formalisé avec le SDIS territorial, avec exercices annuels obligatoires et dispositifs de coupure DC balisés et accessibles.
  • Surveillance active : thermographie infrarouge régulière, systèmes de détection d'incident (caméras, capteurs), contrôles visuels programmés.
  • Signalétique opérationnelle : plans d'intervention à jour, organes de coupure repérables et testés.
  • Gestion spécifique des batteries : local séparé, coupe-feu, détection précoce HF, protocole SDIS dédié.

La transition énergétique ne doit pas faire l'économie de la sécurité incendie. L'interaction complexe entre production électrique et éléments naturels exige une rigueur implacable dans la mise en œuvre et le suivi des actifs solaires.

Chez SecurGies, nous accompagnons les exploitants

Chez SecurGies, nous accompagnons les maîtres d'ouvrage, exploitants de parcs et collectivités dans l'analyse de risques incendie liés aux installations photovoltaïques, en particulier en zone sensible.
En partenariat avec C&Co Formation, nous proposons également des formations sur mesure adaptées à vos contraintes opérationnelles et réglementaires.

Nos prestations comprennent :

  • L'audit des risques incendies au sein du parc
  • La rédaction du plan de défense incendie spécifique
  • La liaison et la coordination avec le SDIS territorial
  • L'analyse des risques batteries Li-ion en local technique
  • La formation aux premières interventions incendie et au secourisme

→ Contactez-nous pour un audit initial

Annexe — Références documentaires et normatives

Ensemble des normes et études citées dans cet article, avec liens vers les sources officielles.

Normes applicables aux installations photovoltaïques

NF C 15-100 → Boutique AFNOR

Installations électriques à basse tension — exigences générales de conception, réalisation, vérification et entretien. Norme socle, révisée en série de 21 parties depuis août 2024. La version 2002 reste consultable gratuitement (norme d'application obligatoire).

UTE C 15-712-1 → Boutique AFNOR

Guide pratique — installations photovoltaïques sans stockage raccordées au réseau. Référence incontournable pour concepteurs et installateurs PV. Complété en janvier 2024 par un guide d'experts (HESPUL, SER, ENERPLAN, CONSUEL) dans l'attente de la révision officielle.

XP C 15-712-3 → Boutique AFNOR

Installations photovoltaïques avec dispositif de stockage raccordées à un réseau public de distribution. Couvre les exigences pour les installations avec batteries (autoconsommation). Norme expérimentale.

NF X 08-070 → Boutique AFNOR

Informations et instructions de sécurité — principes de conception des consignes, plans d'évacuation et plans d'intervention incendie. Révisée en décembre 2023. Intègre désormais des symboles spécifiques aux sources photovoltaïques.

Guide complémentaire UTE C 15-712-1 → Télécharger (HESPUL)

Guide complémentaire de conception des installations PV sans stockage raccordées au réseau, publié en janvier 2024 par un collège d'experts (HESPUL, SER, ENERPLAN, CONSUEL). Référentiel provisoire dans l'attente de la révision officielle de l'UTE C 15-712-1.

Étude technique INERIS / ONF-DFCI — Parcs PV et feux de végétation (juin 2023)

Première analyse nationale sur le rôle des parcs photovoltaïques face aux feux de forêt, commandée par la DGPR. Conclut à l'absence d'effet coupe-feu généralisable et formule des recommandations opérationnelles sur la localisation, la conception, la gestion de la végétation, les dispositifs de coupure DC et les batteries Li-ion. Document de référence pour les DDT, SDIS et DREAL.

→ Télécharger le rapport (INERIS)

Référentiel APSAD D20 — Installations photovoltaïques (CNPP Éditions, septembre 2025 — 81 pages)

Cadre technique de référence pour la prévention du risque incendie dans les installations PV. Édition 2025 entièrement refondue : couvre désormais toitures industrielles, ombrières, fermes au sol, autoconsommation et systèmes de stockage d'énergie (BESS). Introduit la certification Q20 comme document de vérification de conformité. Non obligatoire au sens réglementaire, mais quasi-incontournable pour l'assurabilité des installations.

→ Boutique CNPP Éditions

Rapport d'analyse McMicken BESS (APS) — Accident de Surprise, Arizona (avril 2019)

Analyse technique de l'explosion du système de stockage Li-ion de la centrale McMicken, ayant blessé 8 pompiers. Identifie 5 facteurs contributifs : défaillance cellulaire interne, système de suppression d'incendie inadapté à l'emballement thermique, absence de barrières thermiques entre modules, accumulation de gaz inflammables sans ventilation, absence de procédure d'entrée adaptée pour les secours. Cas d'école mondial sur les risques BESS.

→ Rapport APS (en anglais)

Note : les normes AFNOR sont disponibles à l'achat sur la boutique AFNOR Éditions. La NF C 15-100 (version 2002) et l'UTE C 15-712-1 sont accessibles gratuitement en tant que normes d'application obligatoire.

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