Blog Sécurité Li-ion, ICPE & Réglementation — SecurGies
11. avril 2026

Sécurité maritime et batteries Li-ion : Vers une harmonisation des doctrines de chargement

L'électrification massive du parc automobile déplace un risque technologique majeur vers la mer : l'emballement thermique des batteries Lithium-ion en espace clos (ponts garages). Pour les armateurs, la gestion de ce risque ne peut plus reposer sur les seules méthodes d'extinction conventionnelles.

Pourquoi le risque Li-ion change la donne à bord

Contrairement à un feu d'hydrocarbures classique, l'incendie d'une batterie Li-ion est un phénomène auto-alimenté. La décomposition chimique interne libère son propre oxygène, rendant l'étouffement par CO2 ou mousse souvent inefficace sur le module en réaction.

À cela s'ajoute le danger des gaz toxiques (notamment le Fluorure d'Hydrogène - HF) et le risque de surpression dans les ponts garages, qui peut compromettre la sécurité des personnels d'intervention et l'intégrité structurelle du navire.

Les piliers d'une stratégie de sécurité moderne

1. La maîtrise de l'énergie embarquée : Le seuil des 30% de SOC

La violence d'un emballement thermique est directement corrélée au niveau d'énergie stockée (State of Charge - SOC).

Alors que certains pays pionniers comme la Norvège ont vu des compagnies (telle que Havila Kystruten) opter initialement pour une interdiction radicale des véhicules électriques à bord, la France a tracé une voie médiane et pragmatique. Dès 2023, nous avons préconisé une limitation du SOC à 30% pour des acteurs majeurs comme Corsica Linea.

Cette doctrine fait désormais école. Le rapport d'étude du Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (CEREMA) de novembre 2025 souligne la pertinence technique de cette maîtrise de l'énergie amont. Cette approche est aujourd'hui observée et adoptée par d'autres nations maritimes, à l'instar de la Grèce, qui a récemment légiféré sur des seuils de charge pour les traversées en ferry.

2. Détection précoce : L'anticipation multispectrale

Attendre l'apparition de fumée visible sur un pont garage est une erreur stratégique. La sécurité repose sur la détection des signaux faibles :

  • Thermographie infrarouge : Contrôle des véhicules à l'embarquement et lors des rondes pour détecter tout point chaud anormal sur les packs batteries.
  • Capteurs de gaz HF : Identifier les premiers dégagements de gaz de décomposition avant même l'inflammation.
  • Innovation et R&D : SecurGies suit de près les technologies de rupture, comme la détection par ondes radio, capable d'identifier des anomalies internes aux cellules par modification de leur signature fréquentielle.

3. La réponse opérationnelle : Une approche systémique "Source-Flux-Cible"

En milieu confiné, la lutte contre l'incendie ne peut se limiter à l'extinction. Elle doit s'articuler autour de trois axes indissociables pour briser la chaîne de propagation :

Schéma directeur SecurGies : Application de la stratégie systémique au milieu confiné maritime.
  • Agir sur la SOURCE (La Batterie) : L'objectif est d'étouffer la réaction chimique à la source. À défaut d'accès direct, l'attaque massive par brouillard d'eau est privilégiée. Elle permet de saturer l'atmosphère immédiate, de refroidir le pack par convection et de limiter la montée en pression thermique de la cellule.
  • Maîtriser le FLUX (La Propagation) : Le danger majeur en pont garage est le flux thermique (rayonnement) et le flux toxique (gaz de combustion).
    • Action hydraulique : Utilisation des lances incendie pour créer un rideau d'eau et refroidir les structures métalliques du navire (ponts et cloisons), empêchant ainsi la conduction thermique vers les ponts inférieurs ou supérieurs.
    • Action aéraulique : Gestion dynamique de la ventilation pour canaliser les flux de gaz toxiques et explosifs vers l'extérieur sans alimenter le foyer en oxygène.
  • Protéger la CIBLE (Le Navire et l'Équipage) : La cible, c'est l'intégrité du navire et la survie des personnels.
    • L'abandon des solutions manuelles lourdes (comme les couvertures anti-feu), inapplicables en mer, permet de maintenir les équipages à une distance de sécurité.
    • La stratégie se concentre sur le confinement dynamique : on accepte le "sacrifice" du véhicule source pour sauver la cible (le navire) par un arrosage massif et ininterrompu des zones adjacentes.

L'expertise SecurGies : Accompagner le changement

Dans un contexte où les instances professionnelles et les autorités travaillent à la définition de protocoles harmonisés, SecurGies apporte son expérience de terrain et sa connaissance des enjeux normatifs.

Nous accompagnons les acteurs du maritime dans l'audit de leurs procédures, la rédaction de plans de sécurité incendie spécifiques et la montée en compétences des équipages face à la réalité physique du risque Lithium-ion.

Besoin d'un audit de vos procédures maritimes ? Contactez-nous.

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