Série spéciale · Volet 2 _ Photovoltaïque : ce que l'assureur et les secours attendent de vous

Un défaut sur un connecteur, un point chaud qui couve sous un module, et le feu part par la toiture, là où les secours ne peuvent presque rien couper. Le photovoltaïque brûle rarement. Quand il brûle, il coûte cher et il complique tout.

Deuxième volet de notre série sur le regard assureur face aux énergies nouvelles. Le photovoltaïque n'est pas un risque du geste quotidien : il se joue à la conception, à la pose et à la maintenance. C'est donc moins une affaire de réflexe grand public qu'une affaire de compétence, pour les professionnels qui installent, exploitent et interviennent.

⚠  Point à retenir
Selon une étude AXA 2020-2024 sur le photovoltaïque en toiture de 36 kW et plus (ombrières incluses), les incendies ne représentent que 6 % des sinistres, mais 60 % de la charge pour l'assureur. Les départs de feu viennent surtout des composants : modules, connectique, câblage, protections, onduleur ; et de causes externes : foudre, chocs, rongeurs. Il n'existe pas de série statistique publique consolidée sur la fréquence, les connaissances restent parcellaires.

Un profil de risque rare mais lourd

Les causes les plus probables sont des surcharges et des courts-circuits qui génèrent des points chauds, puis un départ de feu (constat exprimé par Pascal Vanhulle, directeur technique d'Efectis, lors d'une matinale photovoltaïque organisée par le Cepi en avril 2025, rapporté par Face au Risque). Le sinistre est peu fréquent, mais ses conséquences pèsent lourd : perte de toiture, propagation, indisponibilité du bâtiment. C'est ce déséquilibre entre fréquence faible et gravité forte qui explique l'attention des assureurs sur ces installations. Et le parc concerné s'élargit : depuis le 1er juillet 2026, la part de toiture devant accueillir un procédé d'énergie renouvelable ou un système de végétalisation est passée de 30 à 40 % pour les bâtiments concernés, et atteindra 50 % au 1er juillet 2027 (art. L171-4 du code de la construction et de l'habitation, loi APER du 10 mars 2023).

La contrainte que peu anticipent : l'intervention des secours

Un générateur photovoltaïque produit tant qu'il y a de la lumière, et le réseau situé en amont des onduleurs ne peut pas être mis hors tension. Le courant continu expose à un risque d'électrisation aggravé : la doctrine des services de secours retient qu'il provoque plus facilement des paralysies musculaires empêchant de lâcher le conducteur, là où les référentiels de sécurité électrique situent plutôt le seuil de non-lâcher en courant alternatif. Un point n'est pas discuté en revanche : faute de passage par zéro, un arc en courant continu ne s'éteint pas de lui-même et impose des organes de coupure spécifiquement homologués DC. D'où des règles de conception pensées d'abord pour les secours, détaillées pour les sites ICPE par l'annexe I de l'arrêté du 5 février 2020 (coupure du circuit continu au plus près des panneaux, voyant lumineux de report attestant de la coupure effective, bande libre d'un mètre en périphérie des dispositifs de sécurité et cheminement d'un mètre, panneaux et câbles à plus de cinq mètres des parois séparatives REI, câbles continus regroupés en chemins EI 30 s'ils traversent une zone à risque) : pictogramme risque photovoltaïque à l'accès, coupure au plus près des modules, câbles à courant continu dans un cheminement protégé, cheminement d'accès autour des modules, dossier technique disponible dans le local onduleur.

Les repères existent : le guide pratique UTE C15-712-1 (juillet 2013), complément de la NF C 15-100, enrichi d'un guide complémentaire de conception en janvier 2025 dans l'attente de la révision par l'AFNOR ; le référentiel APSAD D20 du CNPP, dont l'édition de septembre 2025 remplace celle de 2013 et couvre désormais toiture, façade, ombrières, champs au sol, autoconsommation et stockage, avec un compte rendu de contrôle Q20 établi par un opérateur titulaire d'une attestation de compétence CNPP et un volet thermographique selon l'APSAD D19 ; et les recommandations des SDIS. Sur un parc au sol en zone naturelle, s'ajoutent les obligations légales de débroussaillement (code forestier, art. L131-10 et L134-5 et suivants, renforcées par la loi n° 2023-580 du 10 juillet 2023) et la défense extérieure contre l'incendie, dont les règles applicables sont fixées par le règlement départemental de DECI.

Zone grise à connaître
Il n'existe pas une obligation unique et homogène : les exigences se répartissent entre le guide UTE C15-712-1, l'arrêté du 5 février 2020 pour les bâtiments ICPE, le référentiel APSAD D20 du CNPP et les recommandations locales des SDIS, qui varient d'un département à l'autre. Sur un bâtiment classé ICPE, l'installation photovoltaïque ne relève pas à elle seule de la nomenclature : c'est toute modification notable des conditions d'exploitation qu'il faut porter à la connaissance du préfet avant travaux (art. L181-14, R181-46, R512-46-23 et R512-54 du code de l'environnement). L'inspection des installations classées décide ensuite : acte donné, prescriptions complémentaires, ou nouvelle demande d'autorisation si la modification est jugée substantielle. Attention au calendrier : le silence gardé quatre mois par le préfet sur ce porter-à-connaissance vaut décision implicite de rejet (Conseil d'État, 8 avril 2026, n° 495603). À vérifier au cas par cas auprès du SDIS et de la DREAL compétents, sans présumer d'une règle nationale unique.

Toiture, parc au sol, stockage couplé : trois terrains, trois vigilances

En toiture (industrielle, tertiaire, agricole), l'enjeu est la conception électrique, la maintenance et l'accessibilité des secours ; les grandes toitures figurent parmi les configurations les plus exposées. En parc au sol en zone naturelle, l'enjeu se déplace vers le débroussaillement, l'accès et la défense incendie, l'implantation en massif à risque aggravant la situation. Enfin, un stockage par batteries couplé au parc (BESS) ajoute un risque d'emballement thermique distinct de celui des modules, à traiter pour lui-même.

Repères de terrain

Récapitulatif : configuration et attendus

À retenir en un mot

Une ligne de conduite : Concevoir · Signaler · Entretenir · Rendre accessible aux secours. C'est aussi ce que votre assureur regarde derrière un dossier photovoltaïque.

Vous installez ou exploitez des toitures photovoltaïques, des ombrières ou des parcs ?
SecurGies vous accompagne : conseil et accompagnement adaptés à votre secteur. Sur le volet formation, nous construisons avec Nicolas Devaux (C&Co Formation, organisme certifié Qualiopi) des programmes individualisés, financement OPCO sous condition.
Diagnostic gratuit 30 min · www.securgies.fr/prendre-rdv/ · [email protected]

Pour aller plus loin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce champ est obligatoire

Ce champ est obligatoire

Ce champ est obligatoire

Une erreur s'est produite lors de l'envoi de votre message. Veuillez réessayer.

Contrôle de sécurité

Code Captcha invalide. Essayez à nouveau.

Information icon

Nous avons besoin de votre consentement pour charger les traductions

Nous utilisons un service tiers pour traduire le contenu du site web qui peut collecter des données sur votre activité. Veuillez consulter les détails dans la politique de confidentialité et accepter le service pour voir les traductions.