Vélos cargo et scooters électriques en entreprise : le risque Li-ion que votre organisation n'a probablement pas évalué

Trois vélos cargo de livraison qui chargent dans la réserve, le scooter du coursier branché près du quai, et les trottinettes de deux salariés sous leur bureau : dans beaucoup d'entreprises, la flotte électrique légère s'est installée sans décision formelle, et sans évaluation du risque. Chacune de ces batteries embarque de quelques centaines de wattheures à plus d'un kilowattheure.

La cyclologistique et la mobilité électrique légère se généralisent : vélos cargo de livraison du dernier kilomètre, scooters et VAE de fonction, engins personnels des salariés rechargés sur le lieu de travail. Ces batteries de 100 à 1 000 Wh (la plage précisément couverte par la fiche INRS ED 160 consacrée aux lieux de travail) se retrouvent souvent dans des locaux qui n'ont jamais été pensés pour elles : réserves encombrées, couloirs, open spaces.

Contrairement aux chariots élévateurs, déjà bien encadrés dans les entrepôts, la flotte légère passe sous les radars du DUERP. Voici les cinq points de contrôle pour la faire entrer dans votre démarche de prévention.

⚠ Point à retenir
Aucune batterie de flotte légère n'échappe à l'obligation générale de sécurité de l'employeur (article L. 4121-1 du Code du travail) : que l'engin appartienne à l'entreprise ou au salarié, dès lors qu'il est rechargé ou stocké dans les locaux, le risque doit être évalué au DUERP (article R. 4121-1) et des mesures de prévention définies.

1. Le risque entre par la porte : recenser, y compris les engins personnels

Premier réflexe : l'inventaire. Combien de batteries entrent chaque jour dans vos locaux, où chargent-elles, sur quelles prises ? L'expérience montre que la flotte « officielle » ne représente souvent qu'une partie du parc réel : les engins personnels des salariés (trottinettes, VAE) rechargés au bureau constituent un angle mort classique. S'y ajoutent les batteries de rechange stockées « en attendant » dans un tiroir ou une réserve, et les batteries revenues de SAV dont personne ne connaît l'état réel.

L'employeur peut parfaitement encadrer ces pratiques (zone dédiée, interdiction de charge aux postes de travail, conditions de stockage des batteries de rechange) via le règlement intérieur ou une note de service ; ce qu'il ne peut pas faire, c'est les ignorer. Le recensement, daté et localisé, constitue la première pièce de l'évaluation des risques : sans lui, aucune mesure de prévention ne peut être dimensionnée sérieusement.

2. La charge : le moment critique, le lieu décisif

La grande majorité des emballements thermiques de batteries de mobilité légère surviennent pendant ou juste après la charge. Les repères techniques de l'INRS (guide ED 6407 et fiche ED 160) convergent :

  • Zone ou local de charge dédié, ventilé, à l'écart des matériaux combustibles et des issues de secours ;
  • Chargeurs d'origine ou validés par le fabricant, communiquant avec le BMS de la batterie : proscrire chargeurs génériques et contrefaçons ;
  • Charge dans la plage de température préconisée (pas de charge d'une batterie revenant du froid ou surchauffée) ;
  • Détection incendie couvrant la zone, consigne prioritaire d'évacuation et d'alerte en cas de départ de feu (l'attaque à l'extincteur d'un emballement est dangereuse et généralement déconseillée) ;
  • Mise à l'écart immédiate, dans une zone extérieure identifiée, de toute batterie choquée, gonflée ou suspecte.

3. L'achat : exiger les bonnes normes dès le cahier des charges

Depuis la fin de la période de transition, le 23 août 2025, la norme harmonisée EN 15194:2017+A1:2023 (VAE/EPAC) n'admet plus qu'une seule norme batterie : EN 50604-1:2016+A1:2021 (exigences de sécurité des batteries lithium pour véhicules électriques légers). Cette norme n'est pas une obligation légale isolée : elle est requise au sein d'EN 15194 seule voie donnant présomption de conformité au titre de la directive Machines. À l'achat ou au renouvellement d'une flotte, exiger cette conformité documentée, ainsi que l'attestation d'épreuves UN 38.3 (indispensable dès que les batteries voyagent), élimine en amont une part importante du risque. Un prix anormalement bas sur une batterie de remplacement est, en 2026, un signal d'alerte en soi.

4. La maintenance : des opérations qui peuvent exiger une habilitation

Intervenir sur un engin à énergie électrique embarquée n'est pas un geste anodin. La norme NF C 18-550 encadre les opérations sur véhicules et engins à motorisation électrique ou hybride ; le guide INRS ED 6313 en détaille l'application : selon la nature de l'opération (remplacement de batterie, intervention sur la connectique, maintenance), une habilitation délivrée par l'employeur après formation peut être requise, notamment lorsque les bornes de la batterie deviennent accessibles. À défaut d'intervention en interne dans les règles, externaliser la maintenance vers un prestataire qualifié est souvent la solution la plus sûre, à condition de le formaliser.

Règle transversale issue des référentiels INRS : dès que les bornes d'une batterie déposée sont accessibles, elles doivent être protégées contre le contact direct (protection d'indice IP2X ou IPXXB).

5. Le DUERP et la formation : boucler la démarche

L'évaluation au DUERP (unité de travail, scénarios de charge, stockage, manutention, batteries endommagées), les consignes affichées en zone de charge, et la formation des personnes travaillant avec ou à proximité des batteries ferment la boucle. Les articles R. 4227-1 et suivants du Code du travail (prévention des incendies sur les lieux de travail) fournissent le socle : dégagements, moyens d'extinction, consignes, essais périodiques. La flotte légère doit simplement y entrer au même titre que le reste.

Sur la formation, l'INRS est explicite : les personnes travaillant avec ou à proximité de batteries doivent être formées aux risques et aux mesures de prévention. Concrètement, pour une flotte légère, cela signifie que le coursier, le magasinier qui réceptionne les batteries de rechange et l'agent d'entretien qui traverse la zone de charge doivent tous connaître les signes d'alerte d'une batterie dégradée et la conduite à tenir, pas seulement le référent sécurité. Une sensibilisation courte, renouvelée à chaque intégration, suffit souvent à couvrir l'essentiel.

🔍 Signes à surveiller, ✅ bons réflexes

En conclusion

La flotte électrique légère n'est ni un gadget ni une bombe : c'est un risque professionnel ordinaire, qui appelle la démarche ordinaire : recenser, évaluer au DUERP, organiser la charge, exiger les normes à l'achat, encadrer la maintenance, former. L'action immédiate : ce mois-ci, faites le tour de vos locaux et comptez les batteries en charge. Le chiffre vous surprendra probablement ; il constituera la première ligne de votre évaluation.

Le réflexe C.A.D.R.E.

Compter les batteries
Aménager la zone de charge
DUERP à jour
Références normatives à l'achat (EN 50604-1, UN 38.3)
Encadrer la maintenance (NF C 18-550).

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